La seule donzelle que j’ai aimée
De toute ma vie
Fut une belle gitane
Nommée Nejmè.
Je me rappelle de sa tresse noire
Qui lui tombait sur les épaules.
Ses yeux étaient en amande
Et ses baisers doux comme le miel.
Chaque jour nous nous promettions
L’un pour l’autre l’amour éternel
Dans les brèves soirées d’étés
Nous nous rencontrions derrière les tentes.
Nous nous embrassions sous la pleine lune
Jusque tard dans la nuit.
Le torrent de Çapòk1 coulait tranquillement,
Les gitans las dormaient dans leurs tentes.
Un printemps, les gitans
Ne revinrent plus en Hajdaraj.
Ils choisirent une autre région
D’eau, de saules et de cigognes.
Affligé, j’attendis
Des saisons, des mois, des années
Que les gitans revinssent
Et me ramenassent la brune Nejmè.
Les années darsiennes volèrent
L’une après l’autre sous la lune,
Mais aucun vert printemps
Ne me ramena ma Nejmè.
Je ne vis plus ses yeux,
Ni sa tresse noire.
Et Dieu sait dans quelle tente elle se trouve aujourd’hui,
Et quelles lèvres elle embrasse !
1. Çapòk: torrent du village d’ Hajdàraj
Poésia extraites du recueil Peligòrga, Besa 2007
traduzione di Laureance Poggi