Des ruines
naissent
d’autres paroles.
Elles pointent comme des bourgeons
entre les briques écroulées
en comblant chaque fissure
de racines,
elles fendent les décombres
avec la fragilité
dominante
des fils d’herbe,
agités et sinueux
comme des étoiles filantes.
Ce ne sont pas celles
d’hier
ni celles du passé,
ambiguës,
croisées,
les paroles sont autres.
Elles naissent
des ruines
d’une langue
rustre,
du regard
bifrons
d’un Janus fatigué.
Elles se fatiguent
elles bégayent, elles titubent,
elles se rejoignent
dans le destin double
qui les afflige,
double comme
le miroir
qui reflète
et observe,
double comme
les rives
opposées
de l’océan.
Elles naissent
des ruines
les autre parol
es.
Elles affleurent redondantes
en jouant entre les dents
leur mélodie
de sons disparates.
Elles émergent des décombres
pour combler l’oubli,
pour donner une voix
au silence
dans la langue
erronée.
Elles s’affrontent,
elles se mélangent, elles se contaminent,
leur vigueur primitive
couvre de symboles
altérés
les restes muets
de la débâcle.
Elles émergent des décombres
avec un antique souvenir
de départs et d’adieux.
Elles resplendissent
comme des étoiles filantes
dans l’hybride miroitant
du coucher de soleil.
Des ruines
naissent
d’autres paroles.
Ni les premières ni les dernières,
d’autres.
Traduit par M.Spazzi