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Un plus un égalent trois

gabriella kuruvilla

“Qu’est-ce que tu es en train de faire?”.
“J’écris”.
“Sur le mur?”.
“ça te plait?”:
“Mais vraiment pas du tout ”.
“Pourquoi?”.
“Parce que c’est mon mur, putain”.
“Tu en as plein d’autres…”.
“Et alors?”.
“Et alors tu peux bien m’en filer un ”.
“En réalité tu viens de te l’attribuer...”.
“Je suis seulement en train d’écrire dessus...”.
“Et pour toi ce n’est pas grand-chose?”.
“Je le repeindrai après”.
“Après, quand?”
“Quand j’aurai fini”.
“Mais qu’est-ce que tu es en train d’écrire?”.
“Un roman”.
“Fais-moi lire un peu …”.
“Non, c’est un roman privé...”.
“Et toi, un roman privé, tu l’écris sur le mur de ma chambre?”.
“Je le repeindrai après”.
“Il vaudra mieux”.
“Un plus un égalent trois, pas si sûr que ça doive toujours faire deux?”
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Eh, pourquoi tu pleures?”.
“Ne lis pas: c’est un roman privé. C’est privé. Va-t-en: va-t-en!”.
“Liz, mais qu’est-ce que tu racontes? Tu ne peux pas écrire un roman privé sur le mur de ma chambre”.
”Et je devrais l’écrire où, de grâce?”.
“Chez toi, par exemple. En utilisant du papier et un stylo aussi bien…Surtout que, si tu continues comme ça, mon appartement ne te suffira pas pour écrire un roman.. Qu’il soit privé ou pas”.
“Ce n’est pas un roman. Ce sont des notes ”. “Ah, bon: tout est clair alors maintenant. Donc “Un plus un égalent trois, pas si sûr que ça doive toujours faire deux ” c’est une note?”.
“C’est une réflexion”.
“C’est une connerie”.
“C’est une réflexion en mesure de scanner les bases de la pensées rationaliste ”.
“C’est une connerie, pure et dure. Un plus un égalent deux, si bien que nous sommes deux dans cet appartement et pas trois…Nous sommes deux, un et un égalent deux : nous voilà ici, il suffit de nous toucher”.
“Ne me touche pas!”.
“Et toi arrête de me donner des ordres: ne lis pas, va-t-en, ne me touche pas… En attendant celui qui a le mur tout gribouillé c’est moi, pas toi, qui restes là devant moi en culottes, avec une bombe de peinture à la main et un regard de possédée en plus… ...”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Tu as la larme facile aujourd’hui? On ne peut rien te dire? Je plaisantais...”.
“Tu plaisantes pour ne pas penser”.
“Et à quoi donc je devrais penser: “Un plus un égalent trois, pas si sûr que ça doive toujours faire deux” “?"
“Ne lis pas: c’est un roman privé. C’est privé. Va-t-en: va-t-en!”.
“Liz: c’est impossible de ne pas lire si tu écris en majuscules ”.
“Alors maintenant je vais écrire tout petit…”.
“Misère, regarde le travail et tout ce désordre: tu crois que c’est nécessaire? Tu vas me fissurer le mur comme ça, et te casser les ongles ”.
“Je remettrai du mastic après”.
“Après quand?”
“Quand j’aurai fini”.
“Ah bien. Finis ça tout de suite: je ne supporte pas ce bruit ”.
“Sors”.
“Arrête-ça: tu te démolis les mains ”.
“Je soustrais le contenu à l’apparence pour donner une forme à la substance ”.
“En te limant les doigts sur les murs de ma chambre?”.
“Je laisse une marque”.
“ça c’est des griffures. Pas même des graffiti. Il n’y a pas besoin de se mutiler pour prouver qu’on existe”.
“Ah non? Regarde-là...”.
“Oh merde: qu’est-ce que c’est que ça?”.
“Des marques”.
“Ce sont des coupures!”.
“Les marques sont des symboles”.
“Ce sont des coupures!”.
“Si c’était des coupures, du sang en sortirait”.
“Tu te les es faites quand?”.
“Ce matin”.
“Pourquoi?”.
“Je ne m’étais pas rendue compte qu’il y avait le mur, pour écrire...”.
“Tu les as soignées?”.
“Je les ai bandées avec ton drap”.
“Quel drap ?”.
“Celui sur ton lit”.
“Et puis tu as refait le lit?”.
“Oui”.
“Avec quel drap?”.
“Avec le même”.
“Tu as remis le drap tout sanguinolent sur mon lit?”.
“Claque chose à sa place: rien en place ”.
“C’est toi qui n’est pas bien en place”.
“Réplique facile, voire trop. Et maintenant va-t-en, je dois écrire ”.
“Mais elles ont cicatrisées?”.
“Tu ne vois pas?”.
“Je préférerais ne pas voir”.
“L’aveugle est le sot”.
“Qu’est-ce que tu fais maintenant?”.
“Tu continues à ne pas voir?”
“Arrête”.
“Je dois écrire”.
“Tu veux un crayon?”.
“Oui, merci”.
“Mais je t’en prie ”.
“Va-t-en: tu me gènes”:
“Qu’est-ce qui te gènes? Ecrire en ma présence ou écrire en petite culotte?”.
“Tu me passes mon tee-shirt?”.
“Tu l’as mis où?”.
“Au frigo”.
“Hein?”.
“J’avais chaud”.
“Tiens”.
“Ne me regarde pas”.
“Je peux te regarder quand tu es nue mais pas quand tu t’habilles?”.
“Ne me regarde pas: lis-moi”.
“Eh Liz: arrête de me donner des ordres. Tu m’as pris la tête jusqu’à maintenant parce que tu ne voulais pas que je te lise …”.
“Lis-moi”.
“C’est toi que je dois lire, ou le mur?”.
“Nous sommes une même chose”.
“Le mur est blanc… ou tout du moins : il l’était…”.
“Je suis ce que j’écris”.
“En partant des coupures sur tes jambes pour finir aux incisions sur le mur?”.
“Je suis une marque, je suis un symbole”.
“Tu es une idiote: tu as d’abord blessé ton corps et puis tu as barbouillé ma chambre ”.
“Lis ce que j’écris!”.
“Ok”.
“Lis ce que j’écris!”.
“Calme-toi”.
“Lis ce que j’écris”.
“Ok. Donc, partons des dernières réflexions: “Rubattino est au centre-ville”. Rubattino est au centre-ville? Mais tu te fous de moi?”.
“Rubattino est au centre-ville”.
“Rubattino est en banlieue. Et un plus un fait deux ”.
“Rubattino est au centre –ville. Et un plus un trois, pas si sur que ça doive toujours faire deux.”.
“Rubattino est à l’entrée de l’autoroute, et il se trouve à plus d’une demie-heure du Dôme. D’ici il est plus facile de voir la campagne que sa Madonne d’or.”.
“ça c’est la Madonne d’or”.
“ça quoi??”.
“Ce panneau”.
“Quel panneau?”.
“Esselunga”.
“C’est une enseigne commerciale, ce n’est pas une icône sacrée ”.
“C’est une divinité, avec des milliards de disciples”.
“Et qui sont-ils?”.
“Les consommateurs: ils se rendent la vénérer claque jour, en offrant de l’argent en échange de marchandises, pour satisfaire leurs besoins primordiaux, en récitant un seul et inique mantra: “Oh Esselunga tout-puissant donne-nous aujourd’hui nos achats quotidiens et pardonne nos dettes comme nous les pardonnons à nos débiteurs ”. Ils s’échangent ensuite un point fidélité et s’en vont en paix ”.
“Amusant”.
“Effrayant. Ca t’ennuie si je me coupe?”.
“Et pour quelle absurde raison tu devrais le faire?”.
“Pour me punir”.
“De quoi?”.
“Hier j’ai acheté un pot de Nescafé. A l’Esselunga”.
“Tu mens: il n’y a pas de pot de nescafé dans cette maison. Si il y en avait tu me verrais déjà une tasse à la main …”.
“Il n’y en a pas parce que je les jette. D’abord je les achète et ensuite je les jette”.
“Une belle manière de gaspiller de l’argent: dis-moi où tu les jettes que j’aille les récupérer...”.
“Dans la poubelle, juste devant l’Esselunga”.
“A quoi ça rime?”.
“C’est un non sens existentialiste”.
“Quoi?”
“Quel sens a naître pour mourir?”.
“Il y a la vie entre les deux”.
“Justement: j’achète le Nescafé et puis je le jette”.
“Il n’y a pas de tasse entre les deux”.
“Il y a un ticket de caisse, qui témoigne d’un échange d’argent : et la vie entre les deux n’est qu’un péage, qui sigle le passage du berceau à la tombe ”.
“Tu te sens comme un pot de Nescafé?”.
“Je déteste les multinationales”.
“Et pourtant tu les finances”.
“Comment?”.
“Tu achètes des pots de Nescafé”.
“Et puis je les jette”.
“Mais pour Nestlé ça ne change rien...”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Mais ça suffit!”.
“Rubattino est au centre-ville”
“Rubattino est en banlieue, à deux pas de l’Esselunga, près d’une poubelle débordante de pots de Nescafé jamais ouverts...”.
“Rubattino est au centre-ville: les appartements de ce quartiers sont vendus à 3.000 euros au mètre carré. Ou c’est nous qui habitons au centre-ville, ou c’est quelqu’un d’autre qui se fout de nous”.
“3.000 euros au mètre carré?”.
“Emh, beh, oui, en effet. Cette maison est un palace…mais elle me semble une prison...”.
“Tu te réfères aux barreaux aux fenêtres?”
“Mon cher: si tu te penches avec trop d’enthousiasme tu risques de te tatouer une croix sur le front…”
“Ce qui est toujours mieux que d’avoir des voleurs à l’intérieur”.
“Les voleurs, d’habitude, préfèrent entrer et sortir par la porte…”
“Si tu vis au rez-de-chaussée, d’habitude, ils préfèrent entrer et sortir par les fenêtres: c’est pour ça que j’ai fait mettre des barreaux ”.
“De toutes façons c’est ton problème: moi je vais bientôt déménager …”.
“Finalement! Et ou vas- tu aller de beau?”
“Sous terre”.
“Tu te suicides?”
“Pas maintenant, pas ici”.
“Ah, c’est bon à savoir. Donc: où vas-tu aller de beau?”:
“Sous-terre”.
“C’est un retour aux origines?”.
“On peut le voir comme ça”.
“Remarque bien que sous-terre on ne vend ni bière ni cigarettes, et pas non plus de pots de Nescafé que je sache: je crains donc que tu ne puisses survivre bien longtemps...”.
“Si vivre équivaut à survivre, il vaut mieux mourir pour ne pas survivre ”.
“Et toi, dans le doute, tu vas vivre sous-terre: tu t’enterres avant de mourir?”.
“Au moins j’éviterai de me couper ...”.
“Et moi je continuerai à habiter dans un appartement aux draps candides et aux murs blancs …”.
“Les draps je te les lave et le mur je te le repeins”.
“Excellente idée. Quand?”.
“Quand j’aurai fini”:
“Fini quoi?”.
“D’écrire”.
“Tu n’as pas encore fini?”.
“Non”.
“Ah, bien. De toutes façons si tu voulais réellement retourner aux origines, tu devrais aller en Inde”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Qu’est-ce qu’il y a encore?”.
“Il y a que je ne sais pas où aller”.
“En Inde: je viens de te le dire”.
“Je ne sais pas où aller...”.
“En Inde… Regarde, ce n’est pas difficile: tu entres dans une agence de voyagea normale, ou bien tu pianotes un peu sur internet, et tu t’achètes un vol Milan–Bombay, ou Mumbai: comme vous préférez l’appelez maintenant...”.
“Bombay”.
“Voilà: un vol Milan-Bombay. L’important c’est de ne pas le jeter après l’avoir acheté, il y a une certaine différence entre la vie, un pot de Nescafé et un avion pour l’Inde ...”.
“Je ne sais pas où aller…”.
“A Bombay, à Madras, à Cochin, à New Delhi. Va un peu où bon te semble, mais pas sous terre. Comme je te l’ai expliqué, si tu voulais réellement retourner aux origines, tu devrais aller en Inde. Mais ce n’est que mon avis personnel”.
“L’Inde est grande”.
“L’Esselunga de Ribattino aussi est énorme. Aussi dispersive et chaotique, si c’est possible”.
“Ca, c’est vrai”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Liz: ce n’est pas important de savoir qui sont tes parents, ce qui importe c’est ce que tu es ”.
“Je ne peux pas savoir qui je suis si je na sais pas qui ils sont ”.
“Tu es toi, tu n’es pas eux”.
“Toi tu sais qui sont ta mère et ton père …”.
“Je te promets que parfois je préfèrerais ne pas le savoir ”.
“Moi je voudrais le savoir, au moins pour pouvoir dire: “ Je te promets que parfois je préfèrerais ne pas le savoir ””.
“Tu sais qu’ils se sont préoccupés pour toi et qu’ils ont préféré te faire adopter plutôt que de te faire grandir dans la misère...”.
“Je sais qu’ils m’ont traitée comme un pot de nescafé, qu’on achète d’abord et puis qu’on jette après, sans même en avoir préparé une tasse.”.
“Ils ne t’ont pas achetée et ils ne t’ont pas jetée …”:
“Tu as raison : ils m’ont jetée pour me faire acheter ”.
“ Qu’est-ce que tu en sais de qui ils étaient, et de comment ils vivaient? Comment peux-tu les juger?”.
“C’étaient deux cons, et ils vivaient mal. Et ils m’ont faite : un plus un égalent trois, le trois c’est moi. Mais eux, ils pensaient que un plus un faisait toujours deux …”.
“Je comprends”.
“Tu comprends?”.
“Oui”.
“Je vais laver les draps et repeindre le mur ”.
“Lasse tomber, je m’en occupe”.
“Ok, je descends faire des courses ”.
“Esselunga, et le sempiternel pot de Nescafé que tu achètes d’abord et que tu jettes ensuite?”
“Non, au kiosque”.
“Tu m’achètes Il Manifesto, et tu évites de le jeter ? Tu sais comment c’est: je voudrais d’abord le lire...”.
“ça va”
. “Reviens tout de suite après. Moi aussi je dois sortir”.
“Alors sors ”.
“Nous avons seulement un trousseau de clés...”.
“Tu n’as pas encore fait de doubles?”.
“Mais tu ne devais pas ne t’installer chez moi que pour quelques jours?”.
“Je reviens tout de suite”.

“tu as mis deux heures: qu’est-ce que tu as fait pendant tout ce temps ? tu penses qu’il n’y a que toi qui existe?”.
“Mouais?”.
“Mouais ça commence à bien faire: le monde ne tourne pas autour de toi”.
“Et il tourne autour de qui?”.
“du soleil”.
“Moi je suis le soleil”.
“Mais va te faire voir”.
“Regarde: je t’ai acheté une fleur”.
“Elle est en plastique...”.
“Elle ne fane pas, même si tu oublies de l’arroser …”.
“Merci… . Je la mettrai dans un vase sans eau. Tu as pris aussi Le Manifesto?”.
“Oui, il est là dedans”.
“Dans cette valise? Fais voir un peu : Anna, Oggi, Libero, Amica, il Riformista, GQ …. Ma parole, mais il y en a combien ? Ah, le voilà: Il Manifesto! Et puis, quoi: Marie Claire, Max, Capital, Silhouette, Sale&Pepe, Panorama… mais ça ne s’ arrête plus: tu as dévalisé le kiosque?”.
“Non, je les ai achetés”.
“Et combien tu as dépensé?”
“Bah, plus de 150 euros…”:
“Tu as dépensé plus de 150 euros, en journaux?”.
“En culture: on n’investit jamais assez …”.
“Oggi… Silhouette… et tu appelles ça de la culture?”.
“Culture-poubelle: ah, ah, ah”.
“Ca te fait rire?”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Et maintenant? Tu pleures encore?”.
“Ah, ah, ah….”.
“Ca suffit! Mais tu vas arrêter?”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Voilà, regarde: j’ai arrêté. Ah, Ah, Ah: je ris.... Ah, ah, ah, je ris: tu es content maintenant?”.
“Tu es folle”.
“Non, je suis Osho”.
“Mais tu n’étais pas le soleil?”.
“J’alterne. Quelques fois je suis le soleil, quelques fois je suis Osho. Alors que toi, qui es routinier et prévisible, tu restes toujours Mario”.
“Sympa”.
“Viens là, fais toi caresser”.
“Et qu’est-ce qui te prend maintenant?”.
“Fais toi caresser…”.
“Tu es folle”.
“Non, je suis la réincarnation de Osho”.
“Tu as arrêté d être la personnification du soleil?”.
“Maintenant je suis la réincarnation d’ Osho”.
“Et tu veux me caresser?”
“Oui”.
“Oh, Mon Dieu: Osho était gay?”
“Osho est tout”.
“Etait: verbe au passé, à utiliser avec les morts”.
“Est: verbe au présent à utiliser avec les vivants. Etant donné que je suis la réincarnation d’ Osho...”.
“Donc Osho s’est réincarné en une indienne de 21 ans toute tailladée qui rit et qui pleure?”.
“Mais allez, je te l’ai déjà expliqué: je ne m’étais pas rendue compte qu’il y avait un mur, pour écrire.”.
“Toi tu n’écris pas: tu te coupes ”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”.
“Ok, ok, ok... Laissons tomber. Allez , Liz, s’il te plait, ne fais pas ça... Qu’est-ce que tu fais toute recroquevillée dans un coin?Ne pleure pas. Lève-toi du sol…Eh, Liz, arrête-ça, regarde-moi dans les yeux...”.
“Ah, ah, ah”.
“Putain, arrête. Ou tu pleures, ou tu ris. Décide-toi. Et regarde-moi dans les yeux. Liz : regarde-moi !”.
“Je pleure et je ris. C’est une forme de méditation. Un plus un trois, Rubattino est au centre-ville. Ah, ah, ah”.
“Arrête!!!”.
“Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. Un plus un trois, Rubattino est au centre ville. Vous et vos certitudes à la con, vous êtes des moutons consentants et non des individus pensants ”.
“Oui, j’ai compris : tu es Osho et tu es en train de méditer … Et puis tu es le soleil et tu m’illumines de ton immensité. Alors que moi je suis routinier et prévisible. Mais, s’il te plait lève-toi du sol”.
“Ne me touche pas, tiens-toi loin de moi, sale porc. Tu es comme mon beau-père, tu es comme tous les hommes. D’abord vous me blessez et ensuite vous me soignez, pour me confondre les idées. Pour me faire croire qu’il n’y a pas d’échappatoires, que mon sauveur est mon bourreau. Que le cercle se ferme et tourne sur lui-même”.
“Liz, mais qu’est-ce que tu es en train de dire?”
“Ne me touche pas, tiens toi loin de moi... Je vais porter plainte! Ah, ah, ah... Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii... Juste parce que je n’ai pas porté plainte contre lui tu crois que je ne peux pas porter plainte contre toi? Tu penses que je n’en ai pas le courage?Pour qui est-ce que tu me prends’?Ne me touche pas, tiens-toi loin de moi je t’ai dit!”.
“Comme tu préfères...”.
“Allez, viens là, blesse-moi, soigne-moi , fais de moi ton joujou préféré...”.
“Je n’en peux plus, tu sais ce que c’est: je m’en vais...”.
“Ah, ah, ah. Lâche. Voilà ce que tu es, un lâche. Un maudit lâche: moi je t’aime et tu le sais ”.
“Tu ne m’aimes pas, et tu n’aimes personne d’autre. Toi y compris. C’est peut-être ça ton problème, mais moi je ne peux pas le résoudre. Tu as raison, je suis un lâche : je m’en vais...”.
“Tu t’en vas : tout à fait comme il a fait lui...”.
“Lui qui ? Ton père?”.
“Luca”.
“Luca? Mais tu ne l’as pas encore oublié? A part que ce n’est pas lui qui s’en est allé…c’est toi qui l’as plaqué...”.
“Des détails”.
“Ce sont les détails qui font la différence ”.
“Mais on s’en fout. Mais tu t’en rappelles?”
“Je me rappelle de quoi?”
“De lui qui dansait avec elle ...”.
“Tu parles de cette nuit-là?”
“oui”.
“Mais il y a bien déjà deux mois, à présent”.
“Et qu’est-ce que ça a à voir?”.
“Il y a à voir que: deux bons mois ont dû passer, depuis cette nuit, et cinq ans depuis que tu l’as plaqué ”.
“Tu penses que le temps est si important?”
“je pense que tu es anachronique. E t que tu ne fais pas attention aux détails...”.
“Ma toi, tu l’as vu?”
“Je l’ai vu quand?”.
“Quand il dansait avec elle”.
“C’est sur que je l’ai vu, il ne faisait rien pour se cacher.”
“Tu as vu aussi le délice qui passait dans leurs yeux?”
“Délice? J’ai seulement vu qu’ils avaient les pupilles injectées de sang…ça s’appelle marijuana, pas délice ”.
“Ah, ah ah... Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii... Tu en as un peu?”.
“De quoi?”.
“De délice, c’est clair”.
“Non, les dealers de délice ont tous été hospitalisés à cause d’excès de caries ”.
“Va te faire foutre”.
“Tu insultes en plus maintenant?”.
“Tu fais un joint?”
“Tu veux un thé?”.
“Je veux un joint”.
“Je n’en ai pas”.
“Ok, alors fais-moi thé... mais comme je le fais moi”.
“Thé, lait, sucre et épices?”.
“Tu dois mélanger, faire bouillir et laisser refroidir.”
“A vos ordres chef”.
“Je m’étends un instant”.

“Liz?” “Eeeehhhh....”.
“Tu dormais?”.
“Non, je suis tout à fait réveillée”.
“Bien. Alors descendons, il y a ta mère qui t’attend”.
“Ce n’est pas ma mère”.
“Il y a ta mère adoptive qui t’attend...”.
“Et qu’est-ce qu’elle fait là?”.
“C’est moi qui l’ai appelée”.
“Quand?”.
“Pendant que tu dormais”.
“Infame”.
“Liz, descendons, ta mère t’attend”.
“Èlle s’est remise avec papa?”.
“Pas pour le moment”.
“C’est que papa, tu sais il est manique du ménage, même moi quand il me salissait il me nettoyait toujours alors que maman salissait partout et elle ne nettoyait jamais, et lui ça il ne pouvait vraiment pas le supporter tu sais....”.
“Liz, descendons, ta mère t’attend”.
“Ce n’est pas ma mère. Dis-lui de s’en aller ”.
“Tu ne peux pas rester ici”.
“Connard”.
“Tu ne peux pas rester ici”.
“Je suis trop fatiguée”.
“Moi aussi”.
“Garde-moi avec toi”.
“Liz, descendons, ta mère t’attend”.
“Ok. Je vais me maquiller. Tu nous mets un disque de Paolo Conte?”.
“D’accord”.
“Via, via, vieni via con meeee…”.
“Tu chantes faux mais tu es très belle ”.
“Je le sais que je te plais”.
“Descendons”.
“Tu me donnes le bras comme si nous allions nous marier?”.
“Comme tu veux”.
“Je voudrais porter un sari et des sandales”.
“La minijupe et les talons te vont très bien”.
“Tu le penses vraiment que je suis belle?”.
“Oui”.
“Et Luca le pense aussi?”.
“Oui”.
“Et alors pourquoi est-ce qu’il est avec celle-là?”.
“Pour te faire un tort”.
“Et quand est-ce qu’il va la quitter?”.
“Jamais, peut-être”.
“Les torts durent si longtemps?”.
“ Toute une vie, parfois”.
“De toutes façons, je vais m’enfuir avec Paolo ”.
“Paolo qui?”.
“Tu es jaloux?”.
“Pas du tout”.
“Paolo”.
“Paolo qui?”.
“Paolo Conte”.
“Ah: intéressant”.
“Beh, tu l’entendu toi aussi quand il hurlait: Via, via, vieni via con me…”.
“C’est sûr”.
“Il le hurle au monde, qu’il m’aime. Lui il ne cache pas ses sentiments. Je ne peux pas le décevoir, je dois m’en aller:avec lui”.
“Maintenant tu dois descendre, avec moi”.
“Pour aller auprès de lui?”
“Pour rentrer chez toi”.

Traduit par M.Spazzi

Gabriella Kuruvilla est née à Milan en 1969, de père indien et de mère italienne. Diplômée en architecture et journaliste professionnelle, elle a collaboré avec différents quotidiens et revues, parmi lesquels "Il Corriere della Sera", "Max", "Anna", "Marie Claire" et "D di Repubblica". Après avoir passé six ans dans la rédaction milanaise d’un mensuel d’ameublement, pour le quel elle travaille encore aujourd’hui comme free-lance, elle s’est consacrée entièrement à la narrative et à la peinture. En mai 2001, elle a publié le roman Media chiara e noccioline (DeriveApprodi) et en 2005 l'anthologie Pecore Nere est sortie pour Laterza, dans laquelle deux de ses récits sont présents, et dont un extrait est présent à l’intérieur de l’anthologie nord-américaine Multicultural Literature in Contemporary Italy (2007). Depuis 2005 c’est l’anthologie Pecore nere qui contient les récits Ruben et India; Documenti (dont est extrait La casa), primée au Concours littéraire National Langue Maternelle, es publiée par Lingua Madre Duemilasette. Elle a récemment public le recueil de récits : E' la vità, dolcezza (Baldini Castoldi Dalai Editore-2008). Elle est actuellement en train de travailler à un roman sur la maternité. Ses tableaux, réalisés essentiellement en sable et en tissu, ont été exposés en Italie et à l’étranger.

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Anno 5, Numero 22
December 2008

 

 

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