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Une fois revenu à son domicile, Bob n'avait cessé de se frotter les mains. Le rendez-vous qu'il venait d'obtenir lui mettait un flux de joie au cœur et il se promettait de se hisser à la taille des attentes de Marlène.
Bob: - " Elle m'a dit oui, bon sang! Je n'avais jamais pensé que sa conquête aurait été si facile, mais c'est fait. Demain à 15 heures elle sera ici et Dieu merci!"
Bob ne se faisait aucun doute de l'honnêteté de Marlène. Toutes les fois qu'il avait obtenu un rendez-vous d'une fille, il en a été satisfait et c'est de bon gré qu'il pouvait s'attendre que Marlène ne lui fasse pas faux bond.
Bob: - "Pourquoi ne viendrait-elle pas!? Son père est en voyage et sa mère est faible de caractère. À présent il faut que je lui prépare une belle surprise." Se disait-il rassuré.
Il se mit dès lors à ordonner sa chambre, à cacher les vêtements sales, à enlever les toiles d'araignée qui, depuis belle lurette, pendaient sur son plafond.
Bob: - "Marlène est un bijou, un chef d'œuvre de la nature, une fille aux yeux brillants et bien arrondis. En ceci elle dépasse de loin toutes ces petites mignonnes que je me suis "tapées" ces derniers temps. Quand les gens apprendront qu'elle s'est livrée à moi, ils ne manqueront pas de rehausser mon image..."
Il prit son " carnet de décompte des filles connues " et il marqua avec plaisir le numéro 133 à la marge de la feuille, dans la colonne des chiffres. Puis il marque avec beaucoup de soin le nom de Marlène. " Avec un total de 133 filles, je suis certainement un détenteur de record dans ce domaine. " se disait-il, visiblement plein de satisfaction.
Bob était ainsi conscient des différents enjeux qui pouvaient se rapporter à sa nouvelle conquête. Cette prise de conscience lui redonna plus d'ardeur dans la mise en ordre de sa petite chambre obscure. Le rideau de la fenêtre, issu d'un vieux pagne et longtemps accroché aux clous, avait absorbé tellement de poussière qu'il s'était teinté d'un jaune indécis. L'opacité du rideau ne laissait entrer dans la pièce qu'une faible lueur du jour, inopinément orientée vers le lit. Le lit, vieux et presque humide, était constitué d'un assemblage de plusieurs morceaux de bambous tordus dont les angles ne tenaient plus que grâce aux fils de fer. Sur le lit, un matelas confectionné d'herbes enfouis dans des vieux sacs de pommes de terre et savamment raccommodé au fil des ans. Le même matelas avait dors et déjà perdu un peu de son épaisseur, à cause du poids exorbitant des 23 personnes qui s'y étaient couchées tour à tour. Posé sur le lit de façon disproportionnée, le matelas était maladroitement couvert par un tissu qui tenait lieu de drap et au dessus duquel on pouvait lire "La farine au coq rouge". Cette marque soulignait l'origine du tissu; c'était un sac de farine récupéré et transformé en drap.
Bob: - " Cette chambre me fait honte! Je devrais changer tout ce qui s'y trouve; les bouteilles, les armoires, les affiches du mûr, le rideau de la fenêtre et même ces supports de brique qui tiennent mon lit incliné vers le chevet. Mais le temps fait défaut, il est déjà 8 heures du soir et d'ici à demain 15 heures, je ne saurais faire des miracles. À l'impossible nul n'y tient "
C'est alors que Bob se rappela qu'il pouvait solliciter le concours de François, son compagnon de la drague. Il se rendit tout de suite chez lui et lui tint informé aussi bien de sa nouvelle conquête que de ses angoisses du moment. François fut très content et envieux de savoir que son ami Bob a finalement obtenu le rendez-vous pour lequel il avait toujours rêvé. Il aurait préféré être lui même le principale protagoniste, mais le sort en avait décidé autrement. Bob l'avait devancée comme dans plusieurs autres circonstances du passé, mais il continuait a caresser l'espoir de pouvoir rencontrer Marlène un jour. Pour l'instant il devait venir au secours d'un ami, véritable tombeur de jeunes filles. Il s'approcha d'un pas de Bob pour mieux comprendre sa doléance.
Bob: - " Voilà! Je voudrais alors que tu me donnes en prêt ta radio cassette pour demain, de manière à ce que elle et moi puissions passer de beaux moments de romantisme, ponctuer de belles notes musicales. Ce devrait durer juste le temps de lui faire voir que je ne suis pas un pauvre type, puis je te la redonnerai dès qu'elle s'en ira. J'ai un peu d'argent mais ce n'est pas suffisant pour en acheter une maintenant, en plus il faudrait bien que je lui offre des cadeaux en objet et en argent, ceci en vue de la fidéliser..."
La doléance de Bob fut écoutée avec assiduité. François n'a cessé un instant de lui montrer son approbation. A plusieurs reprises il a balancer la tête en avant et en arrière, comme pour lui dire " je te comprends ".
Après une période relativement courte de conversation, Bob a obtenu les faveurs de son compagnon de drague et il repartit du domicile de François avec la radio cassette, les vestes de François, les draps, les sandales neuves, des petits rideaux de fenêtre, une montre électronique et même un objet d'art qui appartenait au père de François.
L'équipement était fort impressionnant aux yeux de Bob lui-même. Il s'en fit un réel sentiment de satisfaction. Chargé comme un dromadaire tunisien, il repartit du domicile de son ami et compagnon de drague, ragaillardit et sûr de s'en sortir la tête haute.
Bob: - "Elle comprendra à partir de ces objets de luxe que je ne suis pas n'importe quel sujet vulgaire..."
De chez François jusqu'à son domicile, Bob devait réparcourir 200 m de chemin boueux, glissant et plein de lagunes d'eau sales. Mais la mise était si importante qu'il s'apercevait à peine des difficultés de cheminement.
Revenu à la maison autour de minuit et demi, il décida de s'en dormir aussitôt, renvoyant le reste de sa préparation pour la matinée du jour suivant. La nuit fut longue et le sommeil troublé par des coupures intermittentes. Alors qu'il était 6 heures du matin, il se retourna pour la dernière fois et, d'un regard fouilleur et instable, il fixa un des multiples trous de son mûr et se rendit compte qu'il faisait jour. Ses retournements sur le lit produisirent un bruit sec et claquant qui fit taire tous les petits grillons qui se réjouissaient ici et là dans le mûr.
Bob: - " Debout! - se dit-il à lui-même - Je ne saurais me permettre de continuer le sommeil alors que j'ai plein de choses à faire aujourd'hui..."
Il se mit tout de suite à la tâche. Et autour de 10 heures il avait presque conclu avec les raccordements et les tests de sa nouvelle radio. Tout allait très bien; la restauration improvisée de la chambre était aussi à bon point. Il en profita pour se donner une pose, le temps de prendre son petit déjeuner.
Bob- "Aujourd'hui ça va chauffer! Je vais tout faire pour que cette fille ne puisse jamais m'oublier. Peut-être faudrait-il que je me procure un condom pour ma protection..."
Malgré cette pensée, Bob renonça aussitôt à le faire sans toutefois savoir pourquoi et se remit au travail. Autour de 14 heures, tout était fin prêt. La chambre était lourdement parfumée et assez propre par rapport au jour précédent. Son lit s'était remis de son inclinaison vers le chevet, sa petite table paraissait plus ordonnée, sa petite fenêtre laissait entrer une lumière plus vive. Tous les autres objets qui occupaient inutilement sa chambre avaient été déposés provisoirement derrière le bâtiment où il logeait. Alors qu'il essayait de lire la montre électronique de son ami François, question de s'assurer qu'il lui restait un peu de temps pour prendre une douche, il entendit un bruit de chiquenaude frapper à sa petite porte;
"Toc. Toc. Toc"
"Entrez!" Répondit-il sèchement.
Le ton de sa voix laissait entrevoir aussi bien la peur que l'espoir de rencontrer finalement Marlène. Le rideau de sa porte s'ouvrit d'un coup trop violent et, petit à petit se dessina une silhouette qui n'avait rien de féminin.
"Bonjour Bob, c'est moi Katara, ton ami de toujours, je viens pour le travail de mathématique..."
"Écoute Katara, il est mieux que tu viennes me voir une autre fois. Ce moment est très délicat pour moi" répondit-il ferment.
Après maintes tentatives sans succès, Katara dut se rendre compte de la fermeté de Bob. Il s'en alla de chez Bob sans rien comprendre de l'attitude de ce dernier. Il était à présent 15 heures moins le quart et Bob, sans daigner fermer sa porte, se précipita vers le puits d'où il puisa un seau d'eau. Puis il se dirigea vers le lavabo situé entre deux mûrs et délimité de part en part par des tôles rafistolées.
"Maudit soit ce nègre de Katara, il ne sait même pas qu'il faut prendre un rendez-vous pour aller chez les gens. Dieu merci qu'il soit parti..." se disait-il en prenant sa douche.
Il revins des toilettes alors qu'il était 15 heures. Le seau déposé un peu négligemment à gauche, la serviette autour des reins et la brosse à dent dans la main droite, Bob se dirigea dans sa chambre pour probablement se vêtir, sachant tout de même que la fille ne serait pas venue à l'heure exacte. Mais à sa porte l'attendait une petite fille avec un bout de papier en main.
Bob: - "Que cherches-tu ici maintenant? Ne peux-tu pas aller jouer avec tes amis dans la rue? Casse-toi, maudite mendiante!" fit-il avec détermination et cynisme.
Mais il s'aperçut que la petite fille détenait un bout de papier. Il l'arracha aussitôt et se rendit compte que le message qui y figurait lui était adressé.
"Salut Bob! Je voudrais juste savoir si je pouvais venir... vue que ma mère n'est pas à la maison! Ta bien aimé Marlise!"
Marlise était une autre fille que Bob aimait bien rencontrer pour les mêmes raisons que Marlène, mais le moment était très critique et Bob en était visiblement versé.
Bob: - "Va lui dire que tu ne m'as pas trouvé à la maison, non! Hum hum... dis-lui plutôt que je dois sortir maintenant et qu'il convient de renoncer à son projet de prostituée". J'ai d'autres chats a fouetter...
Il chassa la petite fille comme on chasse un chien malade et se jeta à l'intérieur de sa chambre. À 15 heures 20mn, il était parfaitement préparé et il commençait déjà à s'impatienter. " Il ne faut pas que Marlène me fasse trop attendre car - pensait-il- on ne sait jamais quel imbécile pourrait venir me gâcher la rencontre...."
L'attente fut longue et interminable mais Marlène ne vint point. À 20 heures du soir, il comprit que les carottes étaient cuites, l'espoir perdu!
Bob: - "Si j'avais su, j'aurais accepté Marlise. Cette bête sauvage de Marlène va payer pour ce qu'elle a fait". Il sortit de chez lui, marqua un pas, puis un autre, puis un troisième et ne put se résoudre à l'oubli de ce qu'il venait de vivre. Le cœur enflé de colère, les idées obnubilées d'envie de se venger, Bob se déplaça doucement dans la pénombre de la cour. D'une démarche en dent de scie, il sortit de leur domaine, traversa le pavé et pénétra dans un petit négoce situé de l'autre côté de la rue dont la porte d'entrée porte la mention "Noyons nos soucis Bar" puis il s'assit en disant: "donnez-moi une bière bien glacée".